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  Mise à jour: 07.07.2010
 

Origine du français

La langue française est une langue indo-européenne, comme l'allemand, l'anglais ou le russe. Mais c'est une langue romane, issue du latin, comme l'italien, l'espagnol, etc., tandis que l'allemand et l'anglais appartiennent au groupe des langues germaniques (plus précisément, au germanique occidental), bien que l'anglais doive une bonne part de son vocabulaire au français.

Le serment de Strasbourg (842) marque la fin des luttes entre les petits-fils de Charlemagne. Après avoir vaincu Lothaire, Charles le Chauve et Louis le Germanique se rencontrent à Strasbourg afin de confirmer leur alliance, devant leurs troupes, par ce serment. Charles et les soldats de Louis le prononcent en langue tudesque (qui est déjà de l'allemand); Louis et les soldats de Charles le prononcent en langue romane (qui est déjà du français). Les formules de ce serment, consignées par l'historien Nithard, constituent donc les plus anciens textes qui nous soient parvenus en langue française et en langue allemande.

Rectifications de l'orthographe de 1990

   
A  
 

La voiture de Julie... ou la voiture à Julie ?

La préposition à marque normalement l'appartenance après un verbe (cette maison est, appartient à notre ami). On l'emploie avec la même valeur devant un pronom, seule (un ami à nous) ou pour reprendre un possessif (c'est sa manière à lui). Mais on ne peut plus l'employer entre deux noms, comme on le faisait dans l'ancienne langue, sauf dans des locutions figées (une bête à Bon Dieu), par archaïsme ou dans un usage très familier. On dira: la voiture de Julie, les fleurs de ma mère.

À l'attention de... ou à l'intention de ?

La formule par laquelle, dans le langage de l'administration, on indique le destinataire d'une lettre, d'une communication, d'un envoi, est à l'attention de, pour marquer que l'on attire l'attention du destinataire, que l'on soumet cette lettre, etc., à son attention. La locution à l'intention de (quelqu'un) signifie "pour lui, dans le dessein que cela lui soit agréable, profitable, bénéfique": il a acheté ce livre à leur intention, pour le leur offrir. On compose un poème à l'intention d'un ami. On fait dire une messe à l'intention d'un défunt.

À ou chez (établissements commerciaux)

Chez (étymologiquement: "dans la maison") ne se dit qu'en parlant de personnes et, par extension, d'êtres animés ou d'êtres personnifiés: Il habite chez ses parents. Chez les rapaces, le bec est généralement corné.

Dans le cas d'établissements commerciaux, quatre cas sont possibles:

  • - la raison sociale se confond avec un nom de personne, et l'on utilise chez: aller chez Durand et fils;
  • - la raison sociale est un nom de chose ou un groupe comprenant un tel nom, et l'on utilise à: aller au Bon Marché;
  • - on traite comme nom de chose ce qui était autrefois un nom de personne et on utilise à: aller à la Samaritaine;
  • - on traite comme nom de personne un nom de chose, un acronyme, etc., et on utilise chez: aller chez Fiat.

Dans le cas où l'usage n'est pas fixé, à ou chez sont possibles: certains auront en tête le nom de personne Leclerc et diront chez Leclerc; d'autres, par une sorte d'ellipse, diront à Leclerc pour au magasin Leclerc.

On dit peut-être plus couramment à Carrefour, à Auchan que chez Carrefour, chez Auchan. On n'utilisera l'article défini que pour désigner un magasin particulier: à l'Auchan de tel endroit, au Carrefour de telle ville.

Les accents sur les majuscules

On ne peut que déplorer que l'usage des accents sur les majuscules soit flottant. On observe dans les textes manuscrits une tendance certaine à l'omission des accents. En typographie, parfois, certains suppriment tous les accents sur les capitales sous prétexte de modernisme, en fait pour réduire les frais de composition.

Il convient cependant d'observer qu'en français, l'accent a pleine valeur orthographique. Son absence ralentit la lecture, fait hésiter sur la prononciation, et peut même induire en erreur. Il en va de même pour le tréma et la cédille.

On veille donc, en bonne typographie, à utiliser systématiquement les capitales accentuées, y compris la préposition À, comme le font bien sûr tous les dictionnaires, à commencer par le Dictionnaire de l'Académie française, ou les grammaires, comme Le Bon Usage de Grevisse, mais aussi l'Imprimerie nationale, la Bibliothèque de la Pléiade, etc. Quant aux textes manuscrits ou dactylographiés, il est évident que leurs auteurs, dans un souci de clarté et de correction, auraient tout intérêt à suivre également cette règle.

Le verbe aller

En tant qu'irrégulier, le verbe aller ne saurait appartenir au "premier groupe", qui ne comporte par définition que des verbes dont la conjugaison est régulière, c'est-à-dire tous les verbes dont l'infinitif est en -er sauf aller et envoyer. Il convient donc de le ranger dans le "troisième groupe" avec tous les verbes irréguliers.

Sur ce point, voici une délicieuse anecdote que rapportait Pierre Larousse dans son Grand Dictionnaire universel: un Anglais se plaignait amèrement de l'irrégularité des verbes français, qu'il apprenait: le verbe aller, disait-il, est impossible. Il avait toutes les peines du monde à retenir le premier temps, qu'il récitait à tout propos, et qu'un jeune voyageur français lui avait appris ainsi:

  • Je vais,
  • Tu danses,
  • Il se promène,
  • Nous courons
  • Vous partez
  • Ils marchent.

Amour

Amour (au sens de "sentiment passionné; passion charnelle") est féminin au pluriel. Toutefois, on le rencontre, soit dans un usage populaire qui se reflète dans divers textes (chansons...), soit dans une langue littéraire assez recherchée, au féminin singulier ("L'amour, la vraie, la grande..." chez Anouilh; "la grande amour" chez Queneau; "cette amour curieuse" chez Valéry; une amour violente, enregistré par l'Académie). En dehors de ces sens, amour est presque toujours masculin, au singulier comme au pluriel; il l'est toujours quand il désigne des représentations du dieu Amour.

"An deux-mil" ou "an deux-mille" ?

L'Académie n'admet (et ne privilégie) la variante mil de mille, dans les dates, que lorsque le numéral au singulier est suivi d'un ou plusieurs autres nombres.

Selon cette règle, on devrait écrire l'an mille, mais la graphie l'an mil est assez fréquente. Elle peut se justifier par l'étymologie: pour un seul millier, le latin employait mille, d'où est issue en ancien français la forme mil; pour plusieurs milliers, le latin utilisait milia, d'où vient notre mille, autrefois prononcé comme dans famille. En outre, dès les débuts de notre langue, les deux formes mil et mille ont été employées concurremment, au singulier comme au pluriel. La règle actuelle, fixée par Oudin, est donc arbitraire. Mais elle s'est imposée au XVIIIe siècle.

En résumé, nous conseillons d'écrire non seulement l'an deux-mille, mais aussi l'an deux-mille-dix, etc.

Apposition: "Les danseuses étoiles regardent des films culte"

Au pluriel, dans des syntagmes comme "danseuse étoile", "film culte", "produit phare" ou "mot clé", qui sont formés d'un nom mis en apposition à un autre nom, le mot apposé suit la règle suivante: il varie uniquement si on peut établir une relation d'équivalence entre celui-ci et le mot auquel il est apposé. Ainsi, on écrira Les danseuses étoiles regardent des films culte, car si l'on considère que les danseuses sont des étoiles (elles ont les mêmes propriétés qu'elles, elles brillent de la même façon), il est évident que les films ne sont pas des cultes, mais qu'ils font l'objet d'un culte.

Au jour d'aujourd'hui

Au jour d'aujourd'hui, particulièrement redondant puisque aujourd'hui comporte déjà deux fois l'idée du "jour où nous sommes" (c'est le sens de hui, qui vient du latin hodie), se trouve parfois dans la langue littéraire, chez de fort bons auteurs, et très bien employé, lorsqu'il y a volonté d'insistance, pour bien marquer soit une étroite limite temporelle, soit une immédiate actualité. Ainsi chez Maurice Genevoix: "Une riche plaine bien de chez nous, aussi belle qu'au jour d'aujourd'hui". On l'emploie souvent avec une nuance de plaisanterie. L'essentiel est de n'en pas abuser, mais en elle-même, cette tournure n'est pas incorrecte.

Avoir l'air: "Elle a l'air malin" ou "Elle a l'air maligne" ?

Le Dictionnaire de l'Académie française établit la distinction suivante:

  • - lorsque air conserve son sens plein (l'expression avoir l'air n'étant pas figée, un autre verbe, comme prendre ou se donner, peut alors se substituer à avoir, tandis qu'un air ou des airs peut remplacer l'air), l'adjectif est épithète et s'accorde avec le mot air: avoir l'air noble, l'air guerrier, l'air martial; elle a l'air gracieux; elles ont l'air niais de leur tante, l'air ingénu propre à certaines adolescentes;
  • - lorsque avoir l'air est une locution figée dont le sens est "sembler, paraitre", l'adjectif qui suit est attribut et s'accorde avec le sujet: Elle a l'air méfiante; ils ont l'air imbus de leur personne; ces prunes ont l'air bonnes, mauvaises; cette maison a l'air abandonnée; ces recherches ont l'air sérieuses.
   
  B  
   
   
  C  
 

C'est / ce sont

C'est, suivi d'un nom au pluriel ou d'un pronom autre que personnel, s'accorde avec celui-ci.
Toutefois, le singulier se rencontre parfois à l'écrit, particulièrement dans les cas suivants:

  • - lorsque singulier et pluriel sont identiques pour l'oreille: ce n'était pas des mensonges;
  • - lorsque ce reprend un nom ou un pronom au singulier qui le précède: le monument qu'on aperçoit, c'est les Invalides;
  • - lorsque l'attribut, également appelé complément du présentatif, est formé de plusieurs noms coordonnés dont le premier au moins est au singulier: c'est le chocolat et les bonbons que préfèrent les enfants. Mais le pluriel est obligatoire quand l'attribut multiple développe un pluriel ou un collectif qui précède: il y a cinq continents, ce sont…

Dans tous ces cas cependant, le pluriel est de meilleure langue.
Le singulier est obligatoire dans certains cas:

  • - quand le verbe est suivi de nous, vous: c'est vous tous qui avez décidé;
  • - dans l'indication de l'heure, d'une somme d'argent, etc., lorsque l'attribut de forme plurielle est pensé comme un tout, comme une quantité globale: c'est onze heures qui sonnent;
  • - quand le pronom en est intercalé dans l'expression: je voulais vous rapporter des pleurotes, mais je ne sais si c'en est.

Ce qui reste ou ce qu'il reste ?

Avec les verbes susceptibles d'être construits soit personnellement, soit impersonnellement, on utilise ce qui ou ce qu'il: qui est le sujet du verbe construit personnellement, qu'il apparait dans la tournure impersonnelle. La nuance entre les deux possibilités est parfois indiscernable. Ainsi: ce qui restait d'élèves… (Pagnol); ce qui lui reste de sainteté (Maurois); ce qu'il lui restait à faire (R. Rolland); ce qu'il vous reste à découvrir (Duhamel). On peut donc écrire aussi bien: nous verrons ce qui se passera ou ce qu'il se passera.

Cédérom

L'Académie française a constaté que le sigle américain CD-ROM s'était installé dans l'usage de manière définitive pour désigner un objet d'emploi de plus en plus courant. Mais ce sigle, devenu terme en soi, comme Radar ou Laser, était transcrit d'une façon qui heurtait notre graphie. L'Académie a donc décidé de le franciser en l'alignant sur la prononciation, et d'en admettre l'entrée dans son Dictionnaire.

Ci-annexé, ci-inclus, ci-joint

1. L'accord se fait normalement:

  • - lorsque ces locutions adjectives, avec la fonction d'épithète, suivent immédiatement le nom auquel elles se rapportent: la lettre ci-annexée; la note ci-incluse apporte les précisions nécessaires; veuillez remplir la déclaration ci-jointe; ne communiquez à personne les pièces ci-jointes;
  • - lorsqu'elles sont attributs du sujet: votre lettre est ci-jointe.

2. Inversement, elles demeurent invariables lorsqu'elles ont une valeur nettement adverbiale (elles sont alors traitées sur le modèle des locutions adverbiales ci-après ou ci-contre), ce qui est le cas notamment lorsqu'elles sont placées:

  • - en tête d'une phrase sans verbe, devant un groupe nominal (avec ou sans déterminant): ci-annexé la copie des pièces demandées; ci-inclus les photocopies du document; ci-joint l'expédition du jugement; ci-joint les deux quittances exigées... ou encore: ci-joint copie du rapport. On écrira cependant: ci-incluses, ces pièces vous sont communiquées pour information (tour rare, il est vrai), la locution étant ici en apposition;
  • - à l'intérieur d'une phrase, avec un nom sans déterminant (qu'elles précèdent ordinairement): je vous adresse ci-inclus quittance de votre versement; vous trouverez ci-joint copie du contrat; la circulaire dont vous trouverez copie ci-inclus.

3. Dans les autres cas, lorsque ces locutions sont employées, dans le corps de la phrase, avec un substantif accompagné d'un déterminant, l'usage n'est pas fixé. Selon qu'on leur accorde une valeur adjective ou adverbiale (sans qu'il ne soit jamais possible de trancher), on fait ou non l'accord. Vous trouverez ci-incluse la copie que vous m'avez demandée (article ci). Vous trouverez ci-inclus une lettre de votre père (article inclus). On écrira donc: Je vous fais parvenir ci-joint, ou ci-joints plusieurs exemplaires de mon mémoire. Il en va de même lorsque ci-annexé, ci-inclus ou ci-joint peuvent être considérés comme l'attribut d'un pronom antéposé: Retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joints; la lettre que vous trouverez ci-incluse. Mais l'invariabilité (retournez-moi les formulaires que vous trouverez ci-joint; la lettre que vous trouverez ci-inclus) apparaissant aussi pleinement justifiée, aucune des deux graphies ne saurait être tenue pour fautive.

L'incertitude observée dans l'usage, qui ne doit rien, on le voit, à l'hésitation ou à l'arbitraire, peut cependant être levée en fonction de connotations diverses tenant au contexte, ou parfois même à la recherche de tel ou tel effet stylistique. Si Bernanos écrit à l'un de ses correspondants: "Vous trouverez ci-joint les pages dactylographiées de mon roman", Hugo préfère: "Je vous envoie ci-incluses des paroles prononcées ici par moi au moment de la proscription". On se plait à relever chez Musset l'exemple suivant: "Je prends la liberté de vous envoyer ci-jointes des rillettes".

Collections et collectionneurs

Il existe en français une "collection" de termes pour désigner les divers collectionneurs. Si certains, d'usage courant, comme philatéliste ("collectionneur de timbres") ou numismate ("collectionneur de pièces de monnaie") sont connus du public et enregistrés dans les dictionnaires généraux, la plupart de ces termes ne sont guère répandus. Ils relèvent davantage d'un jeu de composition linguistique. On en trouvera un certain nombre dans des ouvrages tels que le Quid.

Toutefois, on peut envisager à peu près autant de collections qu'il existe d'objets et même de types d'objets (collections de bouteilles de vin, de bouchons de bouteilles de vin, d'étiquettes de bouteilles de vin, etc.): il n'y a donc pas de formes spécifiques pour désigner tous les types de collectionneurs. Comme souvent en français, on aura recours à une périphrase: un collectionneur de billes de cartouches d'encre.

Couleur: accord de l'adjectif et du nom

Les adjectifs simples de couleur s'accordent en genre et en nombre: des costumes noirs, des cheveux blonds, des lacs verdâtres. Toutefois, les noms communs employés comme adjectifs de couleur sont invariables: des chaussures marron, des robes pivoine. On peut en effet considérer ces formes comme des ellipses: des chaussures (de la couleur du) marron, des robes (de la couleur de la) pivoine. On recense traditionnellement quatre exceptions à cette règle: rose, mauve, pourpre et écarlate, qui sont variables. Fauve et incarnat, étant d'abord des adjectifs, sont naturellement variables.

Les formes adjectivales complexes sont également invariables. On écrira ainsi:

  • - des mers bleu-vert, des yeux gris-bleu;
  • - des gilets jaune paille, des robes rose bonbon;
  • - des pulls vert pâle, une voiture bleu foncé;
  • - des couvertures lie-de-vin, des soieries feuille-morte, des draps cuisse-de-nymphe (on lie les éléments par des traits d'union, car ce qui était un syntagme libre devient un adjectif de forme figée).

Employées comme noms de couleur et non plus comme adjectifs, les formes ci-dessus ont les pluriels suivants:

  • - des bleu-vert, des gris-bleu;
  • - des jaunes paille (les jaunes sont de la couleur de la paille), des roses bonbon;
  • - des verts pâles, des bleus foncés (les verts sont pâles, les bleus sont foncés).

Par ailleurs, lorsque le nom ou l'adjectif de couleur est formé à partir d'un nom propre, le nom propre conserve sa majuscule et son invariabilité: des châles bleu Nattier (du bleu de certaines toiles de Nattier), des rideaux vert Véronèse (du vert de certaines toiles de Véronèse).

Lorsque plusieurs adjectifs de couleur sont associés par la conjonction de coordination et:

  • - ils restent invariables s'ils qualifient des objets bicolores, tricolores, etc.: des drapeaux bleu, blanc, rouge (chaque drapeau est tricolore), des écharpes rouge et noir (chaque écharpe est bicolore);
  • - ils varient s'ils qualifient des objets unis: des drapeaux bleus, blancs, rouges (certains drapeaux sont bleus, d'autres sont blancs, d'autres encore sont rouges), des écharpes rouges et noires (certaines écharpes sont rouges, d'autres sont noires).

Par ailleurs, couleur reste toujours invariable dans la locution haut en couleur. Ainsi, on dira: des discussions hautes en couleur (hautes en matière de couleur, pour ce qui est de leur caractère truculent, pittoresque).

Courbatu, courbaturé

Les mots courbatu et courbaturé sont corrects, mais, bien que l'on emploie souvent l'un pour l'autre, ils ne sont pas tout à fait synonymes. Le Dictionnaire de l'Académie française donne les définitions suivantes:

  • COURBATU,-UE adj. XIVe siècle. Déformation de court-battu, composé de court, pris adverbialement, et de battu, proprement "battu à bras raccourcis", "bien battu". Qui éprouve une grande lassitude du corps et surtout des jambes. Après cette longue marche, je me sentais tout courbatu.
  • COURBATURE n. f. XVIe siècle. Dérivé de courbatu. Raideur musculaire provoquée par la fatigue ou la maladie. Avoir des courbatures.
  • COURBATURER v. tr. XIXe siècle. Dérivé de courbature. Provoquer des courbatures. Généralement au participe passé. Il est tout courbaturé d'être resté longtemps penché.

Courriel ou Mél.

D'origine québécoise, courriel, qui s'est répandu dans l'usage comme équivalent de l'anglais e-mail, désigne le message électronique et peut être, par extension, employé au sens de messagerie électronique: envoyer un courriel; confirmer sa venue par téléphone ou par courriel. Ce terme a été approuvé par l'Académie française en juin 2003. Toutefois les termes message électronique d'un côté et messagerie électronique de l'autre, peuvent être employés comme synonymes de courriel. En revanche, on ne peut substituer mél. à courriel puisque mél. n'est pas un mot plein, mais l'abréviation de messagerie électronique. Il doit s'utiliser uniquement devant une adresse électronique, de même qu'on utilise tél. uniquement devant un numéro de téléphone.

   
D
 

Déchèterie

En choisissant la forme déchèterie, l'Académie française a marqué sa préférence pour la forme la plus simple et la plus conforme à l'esprit de la langue. Force est de constater en effet que les termes féminins comportant le suffixe -erie et directement dérivés de substantifs en -et ne comptent qu'un seul t: c'est le cas de termes entrés dans l'usage depuis fort longtemps, comme bonneterie (XVe siècle), gobeleterie (XVIIIe siècle), mousqueterie (XVIIe siècle) ou parqueterie (XIXe siècle). Le mot billetterie, créé très récemment (1873), pour remplacer l'anglais ticketting, fait figure d'exception (la graphie billetterie, bien qu'elle ne soit enregistrée par aucun dictionnaire, est d'ailleurs assez largement usitée).

D'autre part, l'Académie a tenu à ce que déchèterie comporte un accent grave afin d'en indiquer clairement la prononciation, conformément à l'esprit des Rectifications de l'orthographe de 1990, car à la différence de la plupart des termes cités ci-dessus où deux prononciations du e sont possibles (è ou eu), le terme déchèterie ne connait que la prononciation è. Précisons également que le terme déchetterie était à l'origine un nom déposé et que le choix de la forme déchèterie permettait, au moment où elle est entrée dans le Dictionnaire, d'éviter que l'usage de ce terme puisse être limité. Il faut néanmoins reconnaitre que la forme déchetterie s'est très largement répandue dans l'usage: il est probable que l'Académie étudiera à nouveau le terme lors de la prochaine édition de son Dictionnaire et réfléchira à la possibilité de signaler les deux graphies.

Délice

Délice est généralement masculin au singulier et féminin au pluriel. Cependant, après des expressions comme un de, un des, le plus grand des, etc., suivies du complément délices au pluriel, le masculin est conservé: un de ses plus suaves délices...

Deuxième ou second

Longtemps, second a été la forme la plus courante, et certains grammairiens prétendaient réserver l'usage de deuxième aux cas où la série comprenait plus de deux éléments; lorsque l'emploi de second s'est fait plus rare, on a voulu le réduire aux cas où la série ne comprend que deux éléments. Littré, déjà, contestait cette distinction qui jamais ne s'est imposée dans l'usage, même chez les meilleurs auteurs. L'unique différence d'emploi effective entre deuxième et second est que second appartient aujourd'hui à la langue soignée, et que seul deuxième entre dans la formation des ordinaux complexes (vingt-deuxième, etc.).

Dimanche: premier ou dernier jour de la semaine ?

Le dimanche (du latin chrétien dies dominicus, "jour du Seigneur") était encore défini par la septième édition du Dictionnaire de l'Académie française (1878) comme le premier jour de la semaine. Dans la huitième édition (1932), il devenait le dernier.

  • Traditionnellement, et aujourd'hui encore dans la langue religieuse, premier jour de la semaine qui commémore la résurrection du Christ; il comportait aussi la prescription du repos. Dans la langue courante, septième et dernier jour de la semaine.
  • Il existe d'ailleurs une recommandation de l'Organisation internationale de normalisation qui définit les normes ISO, allant dans ce sens; d'autre part, la présentation des agendas en rend compte, le dimanche figurant en fin de page ou de double page.
   
E  
 

Prononciation de "é" ou "è"

Voici les indications sur la prononciation que fournissent les ouvrages normatifs comme Le Bon Usage de Grevisse:

En ce qui concerne les verbes conjugués, Grevisse admet la prononciation en "é" ou "è" pour le verbe avoir à la première personne du présent de l'indicatif (j'ai). Il recommande la prononciation "é" pour le passé simple et le futur simple à cette même personne (je mangeai, je mangerai), afin d'éviter la confusion avec l'indicatif imparfait ou le conditionnel présent dont la terminaison se prononce "è" (je mangeais, je mangerais).

Contrairement à ce que semble indiquer la graphie, dans les formes avec inversion du sujet se rapportant à un verbe au présent de l'indicatif comme me trompé-je, é se prononce "è" (Grevisse). La forme écrite me trompè-je a d'ailleurs été avalisée par les Rectifications de l'orthographe de 1990.
La conjonction de coordination "et" se prononce en principe "é", tandis que -et en fin de mot (comme dans fouet ou tabouret) se prononce "è".

Pour les adjectifs possessifs mes, ses, tes, de même que pour les articles des ou les, des ouvrages comme Le Petit Robert, Le Grand Larousse de la langue française ou le Trésor de la langue française (sauf les pour lequel la prononciation "lè" est aussi donnée dans le TLF) donnent la prononciation "é".
Toutefois, force est de constater que la prononciation des groupes de lettres ai, et, es en fin de mot varie selon les individus. Il s'agit davantage d'usages personnels ou régionaux, et les dictionnaires de prononciation (Warnant et Martinet-Walter), qui prennent en compte l'usage réel, indiquent presque toujours les deux prononciations.

"En tant que de" ou "autant que de" (besoin, raison) ?

La tournure est un archaïsme, mais elle est tout à fait correcte.

En tant que de signifie "selon que", "autant que". Par ailleurs, on disait autrefois qu'une chose était de besoin pour signifier qu'on en avait besoin: elliptiquement, la forme en tant que (cela est) de besoin signifie "dans la mesure où l'on en a besoin". Par analogie, on dit aussi en tant que de raison, qui signifie "dans la mesure où cela est raisonnable".

Autant que de est une forme déformée de en tant que de, qui est incorrecte.

"En termes de" ou "au terme de"

Dans le sens de "dans le vocabulaire, dans le langage de", en termes de est la seule forme correcte: en termes de marine, de médecine, de jurisprudence, etc.

En termes de au sens de "en matière de" est un anglicisme à proscrire. On emploiera donc les locutions quant à, en matière de ou en ce qui concerne.

Au terme de, quant à lui, signifie "à la fin de": Au terme de l'année de première, les lycéens passent le baccalauréat de français.

État de droit ou état de droit

Bien que l'erreur soit fréquemment commise, état s'écrit sans majuscule dans l'expression état de droit, lorsque l'acception de ce mot est "situation" (comme dans état d'urgence ou état de siège...) et non "corps politique" (comme dans État souverain ou État démocratique...). Ainsi écrit-on: Rousseau imagine le passage de l'état de nature à l'état de droit mais La République française est un État de droit.

Être pour aller

Être s'emploie parfois dans le sens du verbe aller:

  • - dans l'usage littéraire au passé simple et au subjonctif imparfait;
  • - dans l'usage familier aux temps composés.

Cet emploi est attesté chez des contemporains tels que F. Mauriac, J. Green, M. Tournier. Il remonte aux origines de la langue; on le rencontrait déjà en latin. Molière, Bossuet, Montesquieu en offrent des exemples, ainsi que Voltaire, qui pourtant le condamnait chez Corneille.

Euro, cent

L'Académie française rappelle que le mot euro prend la marque du pluriel: on écrit un euro, des euros. La centième partie de l'euro doit se dire et s'écrire centime. La marque du pluriel n'étant pas la même selon que l'on utilise telle ou telle langue de l'Union européenne, c'est la forme euro qui figure sur les billets et sur les pièces. Elle peut être considérée comme un symbole et non comme l'indication de n unités monétaires. Son abréviation est, selon la norme ISO, EUR.

   
F  
 

Fainéant

Si, de fait, les formes faignant ou feignant sont aujourd'hui "populaires", elles sont les premières attestées, et c'est fainéant qui a constitué une altération populaire, d'après fait (forme verbale de faire) et néant, de faignant, feignant, participe présent de feindre, au sens ancien de "se dérober (à la tâche), rester inactif".

   
G  
 

Gré (savoir)

L'expression par laquelle on exprime sa reconnaissance est savoir gré (à quelqu'un) de (ou, plus rarement, pour) quelque chose, non être gré. On écrit donc je vous saurais gré, non je vous serais gré.

   
H  
 

Le haricot ou l'haricot ?

Le h de haricot est "aspiré", c'est-à-dire qu'il interdit la liaison, impose que ce mot soit prononcé disjoint de celui qui le précède, au singulier comme au pluriel. On écrit et dit: le haricot, non l'haricot; un beau haricot, non un bel haricot. Tous les dictionnaires indiquent par un signe conventionnel quels h (généralement d'origine germanique) sont aspirés et quels h (généralement d'origine gréco-latine) ne le sont pas. Pour certains mots, l'usage est indécis. Ce n'est pas le cas de haricot: la liaison est incontestablement une faute.

   
I  
 

Impératif

À la deuxième personne du singulier de l'impératif, les verbes du premier groupe ont une terminaison en e, sans s: donne-lui; regarde-le. Cependant, si le verbe précède le pronom en ou le pronom y, eux-mêmes non suivis d'un infinitif, on lui ajoute un s euphonique afin d'éviter le contact entre deux voyelles: manges-en.

Quant au trait d'union, il se place entre le verbe et le ou les pronoms personnels qui s'y rapportent, à moins qu'on n'ait déjà une apostrophe due à une élision: dites-le-moi; parle-lui-en; mettez-m'en dix kilos.

Cependant, si le pronom se rapporte à un infinitif qui le suit, on ne mettra pas de trait d'union: ose le dire ("ose dire cela").

Enfin, en ou y, employés dans une tournure impérative, se placent toujours après le pronom conjoint, qui est inséparable du verbe. On dira bien mettez-m'en (et non pas, comme on l'entend trop fréquemment, mettez-en-moi).

   
J  
 

Jours de la semaine (pluriel et majuscules)

Les noms des jours de la semaine, tout comme les noms des mois, sont des noms communs. Ils sont donc variables en nombre et s'écrivent en minuscules. On écrira ainsi: les membres de l'Académie française se réunissent tous les jeudis.

   
K  
   
   
L  
 

Leur chapeau ou leurs chapeaux ?

L'usage des meilleurs auteurs hésite entre le singulier et le pluriel (pour le nom et pour le possessif) lorsqu'un nom désigne une réalité dont plusieurs "possesseurs" possèdent chacun un exemplaire: on considère tantôt l'exemplaire de chacun, tantôt l'ensemble des exemplaires. Ainsi: "Mes compagnons, ôtant leur chapeau goudronné [...]" (Chateaubriand); "Les deux lords [...] ôtèrent leurs chapeaux" (Hugo); "trois avaient déjà retrouvé leur femme" (Chamson); "deux de mes amis et leurs femmes" (Arland).

   
M  
 

Majuscules

1. Majuscules en géographie

Les noms de points cardinaux ainsi qu'Occident et Orient prennent la majuscule s'ils désignent de manière absolue une partie d'un pays ou du monde, ou s'ils entrent dans la composition d'un nom de pays: vivre dans l'Ouest; l'Occident; le Sud-Est asiatique; l'Afrique du Sud. Employés adjectivement ou pour désigner une position relative à un point, ils s'écrivent entièrement en minuscules: l'hémisphère nord; l'ouest de la France; le sud de l'Italie.
Les noms communs d'entités géographiques (lac, mer, pic, mont, etc.) individualisés par un nom propre ou un adjectif gardent leur minuscule initiale: c'est le nom propre ou l'adjectif, distinctif pour le lieu, qui prend la majuscule: la baie des Anges; la forêt Noire; l'océan Pacifique.
Les noms d'habitants prennent une majuscule. On écrira donc: Les Français aiment leur langue, mais Ma sœur est française.

2. Majuscules avec saint

Quand il désigne le personnage lui-même, saint est un nom commun qui s'écrit sans majuscule: Les trois saints de glace sont saint Mamère, saint Pancrace et saint Servais.
En revanche, saint prend la majuscule quand il entre dans la composition de noms propres avec trait d'union, de personnes, de lieux et de leurs habitants, de rues, de fêtes et d'ordres: le duc de Saint-Simon; la Sainte-Chapelle; la place Saint-Marc; les feux de la Saint-Jean; Les Saint-Germanois sont les habitants de Saint-Germain-en-Laye.
Il prend également la majuscule dans certaines expressions traditionnelles historiques ou religieuses: la Sainte-Alliance; le Saint-Empire; le Saint-Office; le Saint-Esprit; le Saint-Siège; la Sainte-Trinité.

3. Majuscules dans les noms d'organismes et d'institutions

Les noms des organismes ou d'institutions d'État, lorsqu'il en existe plusieurs de leur espèce, ne prennent pas de majuscule; c'est le nom propre ou le nom de spécialisation qui les accompagne éventuellement qui la prend: le conseil général d'Île-de-France; la mairie de Paris; le ministère de la Culture; la bibliothèque Mazarine.
En revanche, s'ils sont seuls de leur espèce (à l'échelle nationale ou internationale), le premier mot nécessaire à l'identification porte la majuscule, ainsi que les adjectifs le précédant éventuellement: l'Académie française; l'Institut de France; la Cour de cassation; la Haute Cour de justice; le Conseil de l'Europe; les Nations unies.

4. Majuscules dans les titres d'oeuvre

Dans tous les titres d'œuvre, le premier terme au moins (ainsi bien sûr que les noms propres) prend la majuscule. Si le titre commence par un article défini, le premier nom qui suit cet article ainsi que les adjectifs et adverbes le précédant éventuellement prennent la majuscule: Les Très Riches Heures du duc de Berry; Le Petit Chaperon rouge; Le Vilain Petit Canard.
L'article défini en tête de l'œuvre ne prend la majuscule que s'il fait intrinsèquement partie du titre, et n'est pas contracté: l'Iliade; Les Bienveillantes mais un chapitre des Bienveillantes.
Si le titre ne débute pas par un article défini ou s'il consiste en une phrase conjuguée, seul le premier terme prend la majuscule: À la recherche du temps perdu; Terre des hommes; Un taxi mauve; Le train sifflera trois fois.
Si le titre est double ou s'il met en opposition ou en parallèle deux termes, on applique les règles précédemment citées aux deux parties du titre, mais si la deuxième partie est introduite par un article défini, celui-ci perd sa majuscule: Le Rouge et le Noir, Vendredi ou les Limbes du Pacifique.
Les règles typographiques qui régissent l'emploi des majuscules sont bien sûr nombreuses et complexes. On en trouvera le détail dans des ouvrages de typographie tel le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale.

Malgré que

Malgré que s'emploie bien dans la langue soutenue, mais seulement avec le verbe avoir conjugué au subjonctif. Malgré que j'en aie, quelque mauvais gré, si mauvais gré que j'en aie; en dépit de moi, de ma volonté: Je reconnais les mérites de mon rival, malgré que j'en aie; Malgré qu'il en ait, nous savons son secret; Elle ne put cacher son dépit, malgré qu'elle en eût. En revanche, encore que de nombreux écrivains aient utilisé la locution conjonctive Malgré que dans le sens de Bien que, quoique, il est recommandé d'éviter cet emploi.

Mandature

Mandature est un néologisme incorrect et totalement inutile, né de l'intime conviction de certains que plus un mot est long, plus il confère d'importance à la chose qu'il désigne. On a toujours dit mandat pour nommer non seulement la fonction, la charge publique conférée par élection, mais aussi la durée d'exercice de cette charge Durant son mandat, et non Durant sa mandature.

Master / Magistère

En 1999, l'Académie française a proposé le mot magistère pour désigner un diplôme universitaire qui complète des études du premier ou du second cycle, et sanctionne au minimum trois années de formation professionnelle associant enseignements et stages. Le terme fut aussi créé pour donner un équivalent à l'anglais master, de même sens (Master of Arts, Master of Economy); il entra dans tous les dictionnaires.

Par ailleurs, toujours en 1999, l'harmonisation des études et des diplômes au sein de l'Union Européenne étant envisagée et ayant rendu souhaitable la création d'un terme pour désigner le grade intermédiaire entre la licence et le doctorat, la forme française "mastaire" a été créée, parfois aussi orthographiée "mastère", à distinguer du magistère.
Aujourd'hui, force est de constater qu'en France, ainsi que, par exemple, en Belgique, en Tunisie ou en Algérie, l'usage, pour désigner ce grade, a imposé master, en particulier dans le cadre de la réforme universitaire "licence-master-doctorat".
Cependant, les dictionnaires continuent de proposer concurremment les termes magistère, mastaire et mastère, avec parfois des nuances de sens, et entérinent master dans l'acception mentionnée ci-dessus.
L'Académie française, qui suit attentivement l'évolution de l'usage en la matière, recommande d'utiliser magistère chaque fois que cela est possible et se réserve le droit, en fonction des évolutions enregistrées, de réexaminer le terme MASTER et la graphie qu'il convient de lui donner.

"le midi", "ce midi"

On a parfois contesté l'emploi de ce midi pour désigner le milieu du jour où l'on est. Cette tournure, tout à fait analogue à ce matin et ce soir, ne peut être condamnée et se rencontre d'ailleurs chez les meilleurs auteurs (Gide, Giono, Genevoix…).

En outre, midi s'emploie avec divers déterminants: le midi du 10 décembre (Stendhal), chaque midi (Maupassant), l'autre midi (Farrère). On peut aussi dire un midi tout comme on dirait un matin ou un soir. On peut utiliser l'article avec certaines prépositions: vers le midi (Stendhal, Queneau, Barbey), sur le midi (Sand, Gautier, Taine).

   
N  
 

Nombres (écriture, lecture, accord)

1. Écriture des nombres en lettres

On écrit en toutes lettres:

  • - les nombres employés substantivement: les trois quarts; un trois-centième; voyager en première; consulter un in-quarto; acheter du trois pour cent;
  • - les nombres rencontrés isolément et représentant des quantités simples (entières ou accompagnées de "demi" ou de "quart"): Ils ont parcouru cinq cents kilomètres; Le match dura deux heures et demie;
  • - les fractions d'heure suivant les mots midi et minuit: midi dix, midi et quart;
  • - les expressions telles que: les années trente; les années quatre-vingt.

2. Orthographe des nombres en lettres

  • Dans les nombres écrits en toutes lettres, la règle traditionnelle veut qu'on lie par un trait d'union les éléments inférieurs à cent, à moins qu'on ne soit en présence de la conjonction "et": elle a vingt-trois ans; elle a cent trois ans; elle aurait cent quatre-vingt-quatre ans; quatre mille deux cent quatre-vingt-dix-huit, mais elle a vingt et un ans.
  • Cependant, il est également possible, en accord avec les Rectifications de l'orthographe proposées par le Conseil supérieur de la langue française et parues au Journal officiel du 6 décembre 1990 (partie II), de lier par un trait d'union tous les éléments qui composent le nombre, sans exception. On écrira donc tout aussi bien: elle a cent-trois-ans; elle aurait cent-quatre-vingt-quatre ans; quatre-mille-deux-cent-quatre-vingt-dix-huit; elle a vingt-et-un ans.
  • Vingt et cent se terminent par un s quand ils sont précédés d'un nombre qui les multiplie, mais ils restent invariables s'ils sont suivis d'un autre nombre ou de mille. On dira ainsi: deux cents euros mais deux cent vingt euros; quatre-vingts hommes mais quatre-vingt-deux hommes. Ils restent également invariables lorsqu'ils sont employés comme adjectifs numéraux ordinaux: page deux cent; page quatre-vingt; l'an mille neuf cent.
  • En revanche, vingt et cent varient devant millier, million, milliard, qui sont des noms et non des adjectifs numéraux: deux cents millions d'années; trois cents milliers d'habitants.
  • Mille (ou mil) est toujours invariable: cinq cent mille euros.

3. Écriture des nombres en chiffres

On écrit en chiffres arabes:

  • - les nombres exprimant une durée de vie, un âge: Mozart vécut 35 ans;
  • - les numéros des arrondissements, car les chiffres romains présentent des risques de confusion (entre II et 11) ou d'inversion (entre IV et VI): Les 5e et 6e arrondissements de Paris;
  • - les pourcentages, s'ils ne sont pas pris substantivement: 3%;
  • - les durées très précises: Le premier arriva avec 12 secondes d'avance, après avoir bouclé le circuit en 18 minutes 25 secondes et 3/10, mais Je reviens dans cinq minutes.

On écrit en chiffres romains:

  • - les numéros des siècles: le XXe siècle (petites capitales);
  • - les numéros d'ordre des manifestations périodiques: le Xe Salon du livre; les XXIXe Jeux olympiques (grandes capitales).

Dans un souci de lisibilité, on sépare les milliers par une espace insécable dans les nombres exprimant une quantité: 1 000 m, 342 234 euros, 1 234 °C, etc.

En revanche, dans les nombres ayant fonction de numérotage (pages, dates, articles de code), les chiffres ne sont jamais séparés: la page 1254 de l'édition de 1992; l'article 1246 du Code civil.

La virgule (et non le point comme chez les anglo-saxons) sépare la partie entière de la partie décimale: p vaut environ 3,14; 14,5 est la moitié de 29.

4. Lecture des dates

Pour les dates (et les nombres en général) entre 1 000 et 2 000, il y a concurrence entre deux lectures: mille six cent trente-cinq ou seize cent trente-cinq. Aucune de ces formes ne peut être considérée comme fautive. Cependant, dans l'usage courant, on dit plutôt onze cents, douze cents, etc.: onze cents francs, seize cents euros, tandis que dans la langue écrite, et notamment dans un texte juridique, administratif ou scientifique, on préférera les formes: mille cent, mille deux cents, etc.

5. Nombres inférieurs à 2: accord

Un nom précédé d'une indication chiffrée inférieure à 2 (avec virgule) reste au singulier. On écrit donc: 1,5 milliard; 1,9 milliard, ce qui, d'ailleurs, se lira plutôt: un milliard et demi et un milliard neuf cents millions ou un milliard virgule neuf.

Noms géographiques et leurs articles

1. Villes

Quand un nom de ville commence par l'article défini masculin singulier ou pluriel, cet article se contracte avec la préposition à ou de: Aller du Havre au Touquet et non de Le Havre à Le Touquet; être né aux Lilas; revenir des Deux-Alpes; la plage des Issambres; la poste des Rousses; la mairie des Sables-d'Olonne.

En dehors de ces noms dont on connait le genre grâce à leur article, le genre des noms de ville (tout comme celui des noms de pays) ne suit pas de règle précise: il est ordinairement masculin dans l'usage parlé (Paris brule-t-il ?), mais souvent féminin dans la langue littéraire, sans doute parce que l'on sous-entend la ville (Paris est traversée de parfums d'ambre). Néanmoins, la présence d'un e muet en fin de mot favorise le féminin (Marseille est belle aux lueurs du couchant). Quant au masculin, il prédomine:

  • - quand le nom est précédé des adjectifs vieux, nouveau ou grand, pour désigner des quartiers de la ville ou son extension: le vieux Lille; le nouveau Paris;
  • - quand le nom est précédé du déterminant tout: Tout Rome assista à son triomphe;
  • - quand il est employé par métonymie pour un club sportif ou le gouvernement d'un pays: Nantes a été champion de France de football; Washington a été rappelé à l'ordre.

Remarque: On ne saurait condamner les tournures en Arles, en Avignon, bien attestées chez les meilleurs auteurs, et qui s'expliquent à la fois comme archaïsme (l'usage de en au lieu de à devant les noms de villes, surtout commençant par une voyelle, était beaucoup plus répandu à l'époque classique) et comme régionalisme provençal. Il semble cependant que cet emploi de en soit en régression. Rien ne justifie qu'on l'applique à d'autres villes: on ne dira pas en Arras, en Amiens, etc..

L'archaïsme (cf. Chanson de Roland: "en Sarraguce"; La Bruyère: "en Épidaure"; Racine: "en Argos"...) peut être renforcé par le sentiment qu'Avignon et Arles ont été des États souverains. Quant au régionalisme, le provençal, à l'instar du latin, distingue siéu ("je suis") en Arle, en Avignoun (qui répond à la question ubi du latin) de vau ("je vais") a(n) Arle, a(n) Avignoun (qui répond à la question quo du latin), évitant le hiatus a/a par l'introduction du n euphonique. Pour les francophones habitués à une forme unique à pour les deux questions, en et an, compris l'un et l'autre comme destinés à éviter le hiatus, se sont trouvés confondus dans le en français.

2. Départements

Les noms de département français formés par deux termes coordonnés par et (noter qu'ils prennent toujours des traits d'union), sont de genre masculin si au moins l'un des termes qui les compose est masculin: le Lot-et-Garonne mais la Maine-et-Loire (Maine comme Loire sont de genre féminin).

S'ils sont employés en complément, il est recommandé d'omettre l'article: le département de Meurthe-et-Moselle. Mais si le département commence par une voyelle, ce qui implique une élision, l'article est toléré: département de l'Eure-et-Loir, les villes d'Eure-et-Loir.

Par ailleurs, ces noms de département formés de deux termes coordonnés par et, à l'inverse des autres noms qui s'emploient avec la préposition "dans" et l'article (dans la Seine-Maritime, dans la Charente), s'emploient avec la préposition en et sans article: le département de Seine-et-Marne, de Loir-et-Cher; aller en Seine-et-Marne; en Loir-et-Cher. Il en va de même pour le département de Vaucluse parce que celui-ci tire son nom de Fontaine de Vaucluse.

3. Pays

Les noms de pays s'utilisent généralement avec l'article (la France, l'Allemagne); cependant, il existe quelques exceptions comme Israël, Monaco, Madagascar, Cuba, Taïwan ou encore Haïti.

L'article disparait toujours avec la préposition "en" (en France). Il disparait également après la préposition "de" indiquant l'origine: un tapis d'Iran, un vase de Chine. C'est surtout une question d'usage, et il n'y a pas de règle absolue, bien qu'il existe parfois une nuance de sens plus ou moins nette: par exemple, dans le gouvernement de la France ou l'économie de la France, la France est désignée à un moment de son histoire, tandis que dans l'ambassade de France, elle, est prise dans un sens intemporel.

Toutefois, l'article se maintient généralement lorsque le nom qui précède le pays est accompagné d'un adjectif: l'Histoire de France mais l'Histoire économique de la France.

   
O  
 

On, nous, vous (accord)

1. Le pronom indéfini on, qui désigne un sujet dont on ignore le sexe ou le nombre, exige, en principe, un attribut ou un participe au genre non marqué, c'est-à-dire au masculin, et au singulier.

On écrira bien, en effet: on est parvenu à réduire le débit du fleuve; on est fatigué de ce combat; on n'est pas sûr du résultat.

Il arrive pourtant que on ne désigne pas les hommes en général, des personnes indéterminées, mais telle ou telle personne: dans ce cas, l'accord se fait tout naturellement en genre et parfois même en nombre.

C'est le sens qui commande, et le gout. On s'était fâchés; on s'est séparés à regret; on est allés ensemble jusqu'au bout du chemin... ne sont donc pas des tournures fautives.

Littré relevait déjà chez Corneille, Molière, Racine, La Bruyère, Marivaux ou Rousseau de nombreux exemples de cet accord selon le sens, qui caractérise la syllepse, et se retrouve d'ailleurs dans d'autres tournures telles que la plupart comprennent, bon nombre sont venus, quantité ont disparu.

2. Avec les pronoms personnels nous et vous, verbes, participes et adjectifs s'accordent en genre et portent normalement la marque du pluriel: Nous sommes vêtues de belles robes; vous êtes vêtus de beaux costumes.

Cependant, si nous ou vous est employé comme pluriel de majesté ou de modestie à la place des pronoms je, tu ou moi, toi, le verbe se conjugue normalement avec nous et vous, mais l'accord des éventuels adjectifs et participes se fait toujours au singulier (on fait bien l'accord en genre): Pour notre part, nous sommes convaincue que notre point de vue finira par l'emporter (si le locuteur est une femme); vous êtes très belle, ce matin.

Il en va de même lorsque nous s'emploie à la place des pronoms personnels tu, il ou elle, pour exprimer la bienveillance, la condescendance ou l'ironie: On lui a souvent fait remarquer qu'elle se trompait, mais nous sommes opiniâtre, nous ne voulons pas nous corriger; nous faisons le difficile, maintenant ?

Orgue, masculin au singulier, est généralement féminin au pluriel quand il désigne de façon emphatique un seul instrument (les grandes orgues de cette cathédrale), mais reste au masculin quand il s'agit d'un vrai pluriel (les orgues anciens de cette région).

   
P  
 

Par contre

Condamnée par Littré d'après une remarque de Voltaire, la locution adverbiale Par contre a été utilisée par d'excellents auteurs français. Elle ne peut donc être considérée comme fautive, mais l'usage s'est établi de la déconseiller, chaque fois que l'emploi d'un autre adverbe est possible. Ce n'est pas toujours le cas. Gide remarquait à ce propos: Trouveriez-vous décent qu'une femme vous dise: "Oui, mon frère et mon mari sont revenus saufs de la guerre; en revanche j'y ai perdu mes deux fils" ?

"par moments", mais "trois fois par jour"

Par est suivi du singulier quand il indique vraiment une répartition, une distribution, c'est-à-dire quand on considère chacun à part tous les éléments d'un ensemble. Prendre un médicament trois fois par jour, chaque jour; Une production de n tonnes par hectare, pour chaque hectare; Payer tant par personne; Avoir une filiale par secteur de marché, etc. Le pluriel sera préférable et plus courant, en revanche, si l'on considère non plus chaque élément, mais certains d'entre eux: Par endroits, par places, la neige a fondu, à certains endroits; Par moments, on ne comprend plus, à certains moments.

Pis ou pire ?

On ne saurait considérer la tournure il y a pire comme fautive, elle est simplement moins littéraire que il y a pis. En effet, on constate que dans la plupart des emplois, pis, comparatif de supériorité de mal, est supplanté dans l'usage par pire, comparatif de supériorité de l'adjectif mauvais, ou par plus mal:

  • - comme adverbe: De mal en pire, de pire en pire, généralement condamnés, se rencontrent cependant chez de bons auteurs, à commencer par Nerval;
  • - comme adjectif: C'est pire, ce sera pire, bien pire, etc., sont employés par Barbey d'Aurevilly, Taine, Gide, Cocteau, Mauriac, Montherlant, le général de Gaulle, et le Dictionnaire de l'Académie, à l'article Pis, indique: "Il s'emploie encore substantivement et signifie ce qu'il y a de pire". Comme attribut d'un nom, pis a d'ailleurs toujours été rare;
  • - comme nom ou, sans article, faisant fonction de nom (quelque chose de pis): Le pire est que; en mettant les choses au pire; faire pire, redouter bien pire, etc., se trouvent chez Péguy, Martin du Gard, Malraux, Mauriac, le général de Gaulle…

Plein (battre son plein)

Si l'expression battre son plein a naguère encore suscité quelques controverses, tous les spécialistes s'accordent aujourd'hui à donner raison à Littré. Dans cette expression empruntée à la langue des marins, son est bien un adjectif possessif et plein un substantif, les meilleurs auteurs se rangent à ce point de vue. Le plein, c'est la pleine mer, et l'on dit que la marée bat son plein lorsque, ayant atteint sa plénitude, elle demeure un temps stationnaire. On dit donc bien les fêtes battent leur plein.

"le plus belle" ou "la plus belle"

Devant un adjectif au superlatif relatif (superlatif avec le plus, le moins…), l'article reste invariable lorsqu'il y a comparaison entre les différents degrés ou états d'une même chose, c'est-à-dire lorsque cette chose n'est comparée qu'à elle-même (on peut alors remplacer le superlatif par "au plus haut degré"). On dira donc: C'est le matin que la rose est le plus belle (c'est le matin qu'elle est belle au plus haut degré). En revanche, l'article varie si la comparaison s'effectue entre deux entités différentes: cette rose est la plus belle de toutes; cette rose est la moins fanée (sous-entendu: "des roses", "des fleurs").

Pourcentages (accord)

Dans les tours avec pour cent ou pour mille, on accorde le verbe (ou l'adjectif) concerné soit avec l'expression du pourcentage, soit avec le complément qu'elle introduit.
On écrit donc, au choix: seuls 14% des productions écrites en 2006 à la Commission européenne ont été initialement rédigées en français (accord avec le complément du pourcentage productions…) ou seuls 14% des productions écrites en 2006 à la Commission européenne ont été initialement rédigés en français (accord avec 14%, expression du pourcentage).
Si le pourcentage ne possède pas de complément, l'accord se fait avec l'expression du pourcentage, au singulier si celui-ci est inférieur à 2, sinon au pluriel: 1,9% a voté contre la motion; 97,1% ont voté pour la motion; 1% s'est abstenu.

   
Q  
   
   
R  
 

"résidant" ou "résident" ?

On s'accorde à écrire les membres résidants et les membres correspondants d'une académie, et les résidents français au Canada, en Australie. Mais force est de constater que dans d'autres cas, et chez les meilleurs auteurs, l'unanimité n'a pas toujours régné.

En 1935, l'Académie française faisait de Résidant un adjectif; mais elle ajoutait: " On écrit aussi Résident". Elle faisait de Résident un nom mais elle ajoutait: " Il s'emploie aussi adjectivement".

En 1994, la Commission du Dictionnaire, interrogée sur ce point, a constaté que la graphie résident l'emportant décidément, dans l'usage, pour le nom, tout flottement pouvait être éliminé: résidant est un adjectif, résident est un nom. Et aux acceptions anciennes du nom, elle a ajouté celle-ci: " Personne qui habite une résidence, qui vit habituellement dans une résidence ou y est hébergée", avec ces exemples: "Les résidents d'un foyer, d'une maison de retraite. Les résidents de la Cité universitaire de Paris".

En 2007, cette distinction entre résident, nom, et résidant, adjectif, est considérée par l'Académie française comme entérinée par l'usage.

Dans les expressions médecin résident ou pharmacien résident (celle-ci d'ailleurs, se rencontrant souvent avec le trait d'union), résident doit s'interpréter comme un nom en apposition, et non pas comme un adjectif, au même titre que dans ministre résident: on a toujours dit indifféremment le ministre résident ou le résident.

   
S  
 

"sabler" ou "sabrer le champagne" ?

Le verbe sabler signifiait entre autres, au XVIIe siècle, " couler dans un moule fait de sable". C'est probablement par allusion à la matière en fusion versée dans le moule que sabler a pu prendre le sens de " boire d'un trait" (1615).

En 1935, le dictionnaire indique, à l'article Sabler: " Boire tout d'un trait, fort vite. Sabler un verre de vin. Sabler le champagne".

Puis sabler le champagne s'est employé pour signifier, par extension, " célébrer un évènement en buvant du champagne".

Sabrer une bouteille de champagne ou sabrer le champagne, absent du Dictionnaire de l'Académie française (8e édition), est toutefois attesté dans certains dictionnaires récents au sens de: "ouvrir une bouteille de champagne en tranchant le goulot d'un coup de sabre". L'expression et l'action elle-même, opération dangereuse qu'il est sans doute judicieux de laisser à qui sait manier un sabre, semblent d'apparition récente: probablement au début de notre siècle.

Il résulte de ces indications que les expressions "sabler le champagne" et "sabrer le champagne" ne peuvent être considérées comme équivalentes; leurs sens sont même très différents.

Sans chapeau, sans chaussures

Sans peut, selon le sens, être suivi du singulier ou du pluriel. On écrira toujours au singulier les noms dits abstraits: Être sans pitié. Cela se comprend sans peine. Un orateur est sans passion quand il n'est pas animé par la passion. Cet homme est sans passions s'il ignore les passions. On opposera un couteau sans manche, qui devrait en avoir un, mais un seul, à un gilet sans manches, qui en aurait deux, s'il en avait. Il est sorti sans chapeau ni chaussures. Dans de nombreux cas, cependant, la nuance de sens est si mince que l'on trouvera aussi bien le singulier que le pluriel: C'est un acteur sans défaut ou sans défauts (Littré). De même: Cet homme est mort sans enfant, sans héritier, ou sans enfants, sans héritiers. Pourtant, dès lors que ce dont on parle peut suggérer l'idée de pluralité, c'est le pluriel qui est le plus fréquent. On écrira: un devoir sans fautes, en jugeant qu'un tel devoir aurait d'ordinaire comporté plusieurs fautes (qu'une faute ne vient jamais seule), plutôt qu'un devoir sans faute, sauf si l'on veut insister sur le caractère exceptionnel de la chose, comme on dirait: sans aucune faute, sans la moindre faute.

Septante, octante, nonante

Vous vous interrogez sur une des bizarreries les plus célèbres de la langue française. Pourquoi en effet dire soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix, alors que les formes septante, octante (huitante), nonante, en accord tout à la fois avec le latin et le système décimal, sont plus ou moins largement usitées dans divers pays francophones ?

Notre vocabulaire porte ici la trace d'un usage très ancien et aujourd'hui disparu: au Moyen Âge, on avait coutume en France de compter de vingt en vingt. Aussi trouvait-on les formes vint et dis (30), deux vins (40), trois vins (60), etc. Saint Louis fonda, par exemple, l'hospice des Quinze-vingts (des 300 aveugles). Ce système, dit "vicésimal", était utilisé par les Celtes et par les Normands, et il est possible que l'un ou l'autre de ces peuples l'ait introduit en Gaule.

Dès la fin du Moyen Âge, les formes concurrentes trente, quarante, cinquante, soixante se répandent victorieusement. Pourquoi l'usage s'arrête-t-il en si bon chemin ? Aucune explication n'est vraiment convaincante. Peut-être a-t-on éprouvé le besoin de conserver la marque d'un "calcul mental" mieux adapté aux grands nombres (70=60+10, 80=4x20, 90=80+10). Reste la part du hasard et de l'arbitraire, avec laquelle tout historien de la langue sait bien qu'il lui faut composer...

C'est au XVIIe siècle, sous l'influence de Vaugelas et de Ménage, que l'Académie et les autres auteurs de dictionnaires ont adopté définitivement les formes soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix au lieu de septante, octante, nonante. Il est à noter pourtant que les mots septante, octante, nonante figurent dans toutes les éditions du Dictionnaire de l'Académie française. Encore conseillés par les Instructions officielles de 1945 pour faciliter l'apprentissage du calcul, ils restent connus dans l'usage parlé de nombreuses régions de l'Est et du Midi de la France, ainsi qu'en Acadie. Ils sont officiels en Belgique et en Suisse (sauf, cependant, octante, qui a été supplanté par quatre-vingts et huitante (en Suisse) tant dans l'usage courant que dans l'enseignement ou les textes administratifs). Rien n'interdit de les employer, mais par rapport à l'usage courant en France, ils sont perçus comme régionaux ou vieillis.

Sigles et acronymes (différence, genre, pluriel)

L'Académie française distingue les acronymes, qui se prononcent comme des mots ordinaires et s'écrivent en majuscules et sans points (UNESCO, ENA, OTAN), des sigles, dont chaque lettre est épelée et dans lesquels on place des points après chaque lettre (S.A.R.L., R.A.T.P., O.G.M., P.-D.G.).

Le genre d'un sigle ou d'un acronyme est déterminé par le genre du noyau du groupe nominal que le sigle ou l'acronyme formait avant la réduction. Ainsi, on parle de la S.N.C.F (Société nationale des chemins de fer) puisque société, noyau du groupe nominal, est un nom féminin.

Par ailleurs, sigles et acronymes ne prennent pas d'accent et sont invariables. La liaison devant les sigles se fait selon l'usage ordinaire (voir l'article "liaisons").

Notez qu'un acronyme lexicalisé (delco, sida) se comporte comme un nom commun: il perd ses majuscules et s'accorde en nombre.

Sot !

Devinette: Un sot sur un cheval tient de la main gauche un seau. Dans sa main droite, il porte le sceau du roi. Le cheval fait un saut et les trois... (?) tombent à terre. Comment écrit-on "les trois s... ?"

Par définition, il est impossible d'orthographier (de la même façon) des homonymes non homographes. On peut recourir à la transcription phonétique [so], mais évidemment, ce ne sont pas des sons qui sont censés tomber.

Suite à / de suite

La tournure suite à, qui appartient au langage commercial, n'est pas de bonne langue dans l'usage courant. Dans la correspondance, on dira plutôt comme suite à ou pour faire suite à lorsqu'on se réfère à une lettre qu'on a écrite soi-même antérieurement; on emploiera en réponse à dans les autres cas. Pour faire allusion à un évènement, à une conversation, on dira par exemple: après ou à la suite de.

Par ailleurs, la locution de suite, souvent employée à tort à la place de tout de suite, signifie en réalité "l'un après l'autre, sans interruption": il ne saurait dire deux mots de suite. Il faudra donc se garder de dire je reviens de suite, qui n'a guère de sens.

Sur Paris ?

Après s'être répandu dans la langue populaire ou familière, l'usage de la préposition "sur" où l'on attendrait la préposition "à" est aujourd'hui fréquente dans les médias (travailler sur Paris; déménager sur Brest). Si, avec un verbe de mouvement, cette construction peut éventuellement se justifier par sa connotation dynamique (ainsi de déménager sur Toulouse qui rappelle marcher sur Rome), elle ne peut en revanche être acceptée avec un verbe qui n'a pas cette connotation (j'habite à Paris et non j'habite sur Paris).

   
T  
 

Tel / Tel que (accord)

L'accord de tel introduisant un ou plusieurs exemples ou une comparaison suit la règle suivante:

  • - tel que s'accorde avec le nom qui le précède et dont il dépend: les bêtes féroces telles que le tigre, le lion, etc.;
  • - tel sans que s'accorde avec le terme qui suit: L'homme en colère, telle une bête féroce… Toutefois, certains grands auteurs, tel George Duhamel, ont employé tel accordé avec le terme qui le précède;
  • - comme tel et en tant que tel s'accordent avec le terme auquel on compare le sujet: des fruits considérés comme des légumes et cuisinés comme tels (comme des légumes);
  • - tel quel s'accorde avec le nom auquel il se rapporte: Je vous rends votre somme d'argent telle quelle; Je cite vos propos tels quels.

Tout étonnée, mais toute surprise

La variabilité de tout, adverbe, devant un mot féminin commençant par une consonne, constitue une singularité bien révélatrice de la résistance de l'usage, produit d'une histoire, à une " logique" grammaticale qui ne souffrirait pas d'exceptions.

Dans l'ancienne langue, qui traitait les mots selon leur nature, tout employé adverbialement, mais considéré dans sa " nature" d'adjectif indéfini, s'accordait ordinairement avec l'adjectif qu'il modifiait.

À l'époque classique, cet ancien usage survit, mais se voit concurrencé par une tendance à l'invariabilité que les grammairiens s'efforcent de généraliser, non sans difficultés ni contradictions.

Dans la première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694), il était dit: " En ce sens, tout se décline lorsque l'adjectif qui le suit est féminin […] Quelques-uns cependant ne déclinent point tout devant les adjectifs féminins qui commencent par une voyelle." Le sentiment de l'Académie parait donc être, à la fin du XVIIe siècle, que l'usage dominant oppose le masculin invariable tout, prononcé [tut] devant la voyelle et [tu] devant la consonne, au féminin variable toute-toutes, prononcé [tut] dans tous les cas, ce qui revient à dire que le e du féminin se fait entendre. Le problème devient alors: faut-il noter graphiquement cette marque du féminin ? Et, si oui, peut-on noter une variation de genre sans noter la variation de nombre ?

Dans les commentaires joints aux Remarques de Vaugelas publiées par elle en 1704, l'Académie établit la règle actuelle: " Il faut dire et écrire elles furent tout étonnées […] quoiqu'on demeure d'accord qu'il faut mettre toute et toutes devant les adjectifs qui commencent par une consonne: Cette femme est toute belle, ces étoffes sont toutes sales".

Cette position est confirmée dans la deuxième édition (1718) et reprise ensuite par toutes les grammaires et tous les dictionnaires. Elle représente un sage compromis entre la " bizarrerie" de l'usage et la "logique" grammaticale puisque:

  • - elle pose l'invariabilité en règle; la forme tout est étendue au féminin devant voyelle car la prononciation [tut] allant de soi, il n'est pas nécessaire de l'indiquer par -e;
  • - elle juge cependant nécessaire de conserver la marque graphique de la prononciation d'usage [tut] devant consonne;
  • - le féminin étant noté graphiquement, elle décide logiquement de noter aussi le pluriel éventuel.

Ce compromis était sans doute assez judicieux, puisqu'il a survécu au temps, et permet de prendre en compte la survivance effective d'un usage fort ancien dans la langue parlée d'aujourd'hui. Tout au plus peut-on noter, curieusement, et chez de bons auteurs, la marque du féminin devant voyelle: Elle en est toute étonnée, mais au singulier seulement, car on sent bien qu'au pluriel, la liaison ferait comprendre Elles en sont toutes étonnées comme toutes en sont étonnées.

   
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